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Le Project Finance

12 juillet 2020 4 Comments

L’invité du jour travaille en Project Finance dans le secteur de l’Infrastructure. Excellente lecture !

Bonjour et merci d’avoir accepté l’interview ! Quel est ton parcours ?

Bonjour ! Après un baccalauréat scientifique, j’ai intégré une école d’ingénieurs. Pendant mes années d’école, je me suis rendu compte que le côté technique ne me plaisait pas trop. J’ai donc décidé de me réorienter et intégrer un Mastère Spécialisé dans une école de commerce. J’ai effectué un stage à la suite duquel j’ai été embauché. Je suis toujours dans l’équipe.

Présentation du Project Finance

En quoi consiste le Project Finance ?

Le Project Finance, ou financement de projets, est un type de montage financier qui permet de financer des projets de grande envergure et qui fournissent généralement des services essentiels. On peut par exemple citer le déploiement de la fibre optique, les autoroutes ou les usines de traitement de déchets.

Ces financements sont accordés à des entités spécialement créées pour l’occasion. Ce sont des Special Purpose Vehicle, ou SPV. Ces SPV sont autonomes par rapport aux sponsors ou aux autres entités publiques ou privées. La dette mise en place sera remboursée par le cash généré par cette SPV.

Si la situation se dégrade, les prêteurs ne peuvent pas se retourner contre le sponsor ou le constructeur par exemple. C’est pour ça que ce type de financement est dit sans recours (non recourse financing en anglais). On a toutefois des sécurités mises sur les actifs de la SPV. Les prêteurs peuvent éventuellement les saisir et les revendre pour rembourser la dette si nécessaire.

Quels sont les grands acteurs ?

Il est préférable de diviser les acteurs par catégorie. Au niveau des sponsors, c’est-à-dire les entités qui investissent en fonds propres dans le projet, nous avons :

  • Les industriels peuvent venir du BTP par exemple, comme Bouygues ou Colas, ou d’autres secteurs, comme l’énergie avec Engie ou EDF ou les télécommunications avec Iliad et SFR ;
  • les fonds de Private Equity spécialisés en Infrastructure, comme KKR ou Ardian. En France, Meridiam et Infravia sont de gros acteurs ;
  • Les producteurs indépendants d’énergie, comme E. ON ou Voltalia.

Au niveau du financement en dette :

  • Les banques, avec en France BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et Natixis. Au niveau mondial, les banques japonaises occupent les meilleures places ;
  • Les fonds de dette et les assureurs, type Schroders ou Aviva.

Les entités publiques, comme les collectivités territoriales, sont un peu à part. Elles vont déléguer la gestion et la construction du projet aux acteurs privés.

Le monde de l’Infrastructure

Quels sont les types d’actifs en Infrastructure ?

Brownfield vs. Greenfield

Les actifs en Infrastructure sont des actifs régulés qui fournissent des services essentiels. Il n’y a pas ou peu de concurrence. Il y a deux typologies d’actifs :

  • Les actifs brownfield : ils sont déjà construits et opérationnels. Nous avons donc un historique. On pourra par exemple financer son acquisition ou son extension.
  • Les projets greenfield : ils ne sont pas encore construits. Le risque est donc plus important.
Les différents sous-secteurs

Le secteur de l’Infrastructure peut être divisé en sous-secteurs :

  • Télécommunication, comme la fibre optique, les câbles sous-marins, les data centers ou encore les tours de réseaux mobiles ;
  • Renouvelable, qui regroupe principalement l’éolien et le solaire ;
  • Transport, avec les métros ou lignes à grande vitesse par exemple ;
  • Social, dans lequel on compte les hôpitaux, les prisons, les lycées, etc. ;
  • Environnement, avec par exemple les usines de traitement de déchets ou de l’eau.

On voit dans la presse des montants levés records : 22 milliards de dollars pour un fonds géré par Global Infrastructure Partners, 20 milliards pour Brookfield Asset Management ou encore 6 milliards pour le Français Ardian. Pourquoi tant d’engouement ?

Le secteur de l’Infrastructure fournit des services essentiels. L’Etat ne peut pas tout financer et va donc se tourner vers des entités privées. Cela permet également une bonne diversité sectorielle (télécommunication, renouvelable, social …) et géographique. Les rendements sont assez stables et résilients face aux crises économiques ou problèmes géopolitiques.

Travailler en Project Finance

Quelles expériences et qualités sont recherchées pour effectuer un stage dans ce milieu ?

Ça dépend des banques et des équipes. Nous ne recherchons pas vraiment de profil type dans notre équipe. Une expérience en finance, comme en Transaction Services ou audit, voire en conseil, reste un avantage. Ce n’est toutefois pas un prérequis. On voit par exemple des gens se reconvertir en Project Finance après être passé chez un constructeur.

Comment préparer au mieux les entretiens ?

Modélisation financière

Là encore, le déroulement des entretiens dépend de la structure. Il y a plusieurs tours, avec parfois une étude de cas sous forme de mini modèle. Ce n’est pas nécessaire d’être un as d’Excel : il faut maîtriser les bases. Nous voulons savoir si le candidat sait utiliser Excel et reconstituer un état financier. Mais là encore, cela dépend des banques et des équipes. Certaines vont proposer des tests plus poussés quand d’autres ne donnent pas de modélisation en entretien.

Debt Service Coverage Ratio

Il y faut également connaître les notions spécifiques au Project Finance. On peut citer le plus connu ; le Debt Service Coverage Ratio, ou DSCR. Il est calculé en divisant l’EBITDA par le service de la dette (intérêts et principal). Il doit être forcément supérieur à 1, sinon cela veut dire que les revenus générés par le projet ne sont pas suffisants pour couvrir la dette. Plus le projet sera risqué et plus le DSCR doit être élevé. Cela permet d’avoir en quelque sorte un coussin de sécurité. Le ratio ne devra pas non plus être trop élevé (10 ou plus par exemple) : cela veut dire que soit, on s’est trompé, soit, le projet peut supporter plus de dette. En Infrastructure, on trouve généralement des DSCR aux alentours de 1,5.

Gearing

Un autre élément important que nous regardons est le gearing. C’est le ratio de dette divisé par les fonds propres, qui regroupent la dette et les fonds injectés par les sponsors (l’equity). En Project Finance, nous mettons beaucoup plus de dette que d’equity. Le gearing peut donc varier entre 70% et 90%. Plus le projet est risqué, moins on mettra de dette et moins le gearing sera élevé.

On entend souvent que c’est un métier principalement réservé aux ingénieurs. Mythe ou réalité ?

Je dirai que c’est plutôt un mythe, même si je suis ingénieur de formation ! (Rires) J’ai vu tout type de profil en banque. Les gens viennent aussi bien d’écoles d’ingénieurs que d’écoles de commerce. Les ingénieurs seront plutôt chez des constructeurs.

Cela dit, avoir une formation en ingénierie peut être un plus car cela permet de comprendre plus rapidement les projets complexes. Nous sommes toutefois tous au même niveau après quelques temps dans le métier.

Quelle est la voie idéale pour rentrer en Project Finance ? Stage, VIE, Summer Internship … ?

A ma connaissance, les Summer Internships en Project Finance n’existent pas. Il faut savoir que le Project Finance est un petit milieu, surtout en France. Ce n’est donc pas facile de convertir en CDI après un stage. En général, les banques vont proposer des VIE. Après une année ou deux en VIE, soit un poste s’est libéré à Paris et vous revenez, soit vous allez dans une autre structure, comme une autre banque, un fonds ou un constructeur.

C’est différent chez les cabinets de conseil (EY, PwC, KPMG, Mazars, Deloitte) car il y a plus de roulement et donc plus d’opportunités. Le métier est toutefois un peu différent. Les fonds de dette Infrastructure cherchent aussi à s’agrandir et recrutent donc en ce moment.

Il y a beaucoup plus d’opportunités à Londres et le marché est plus liquide.

Le VIE peut-il bien se revendre pour aller dans une autre structure ?

Tout à fait, cela se revend très facilement. Les équipes où vont les VIE sont en général plus petites que les équipes parisiennes. Tu es donc plus exposé et plus autonome, ce qui est un atout sur le CV.

A quelle fourchette de salaire peut prétendre un jeune diplômé qui commence en Project Finance ?

Les salaires en cabinets de conseil sont plus bas qu’en banque. Ça tourne aux alentours de 42 000 ou 43 000 euros par an de fixe. En banque, on peut viser entre 45 000 et 50 000 en fixe, auquel il faut rajouter le bonus.

Le quotidien en Project Finance

Quelles sont les grandes étapes d’un deal en Project Finance ?

L’origination

Il y a d’abord l’étape d’origination. Pour un mandat de conseil, nous allons parler avec le sponsor pour connaître la structure voulue pour lui proposer ensuite celle qu’on pense la plus adaptée.

Modélisation et Information Package

Une fois d’accord sur une ou plusieurs structures, nous construisons ensuite le modèle financier sur Excel. En parallèle, nous rédigeons les documents qui font partie de l’Information Package et qui seront envoyés aux banques prêteuses. Nous leur demandons leur avis sur la structure et le pricing proposé.

Ils nous font un retour en remplissant une grille reprenant plusieurs aspects de la transaction. Leurs retours nous permettent d’affiner la structure financière. Nous proposons ensuite cette structure aux banques prêteuses qui vont chacune devoir la valider en interne.

Documentation juridique et négociations

Une fois que les banques valident la structure, nous travaillons sur une version détaillée de la documentation juridique, en collaboration avec les cabinets d’avocats. En effet, les documents juridiques que nous leur soumettions avant cette étape ne faisaient qu’une dizaine de pages. Chacune des parties prenantes va vouloir avoir les termes les plus avantageux pour elles. Il va donc avoir une négociation entre les banques et les sponsors.

Validation finale

Une fois que la documentation est validée, nous signons. La dette sera tirée une fois que le projet débutera.

A quoi peut ressembler le quotidien d’un stagiaire ou d’un Analyste ?

Il y a deux types de missions en banque : les missions de conseil (Advisory) et d’arrangement (Lending).

Les missions de conseil

Dans ce type de missions, nous accompagnons le porteur du projet pour établir avec lui la structure financière. Nous allons également l’aider à lever de la dette sur les marchés. Les missions de conseil sont assez chronophages et se rapprochent de ce que l’on peut voir en M&A, sans être toutefois aussi intense.

Le stagiaire pourra bien sûr s’occuper du pitch utilisé pour que l’équipe remporte le mandat. Une fois le mandat remporté, le stagiaire ou junior va s’occuper de la modélisation. Il va donc construire le modèle en mettant en place différents scénarios. Les hypothèses sont fournies par les sponsors. Le stagiaire va également gérer l’audit du modèle, qui a toujours lieu à la fin du mandat. Des cabinets vont vérifier que le modèle a bien été construit. Il peut également s’occuper de la rédaction de tous les documents à destination des potentiels prêteurs, comme l’Information Memorandum.

Les missions d’arrangement

Le stagiaire va également s’occuper du modèle, même si celui-ci aura été préparé en amont par la ou les banques qui conseillent le sponsor. Il va s’assurer de la cohérence des hypothèses ou des différentes méthodes de calcul de ratios par exemple. Le gros de son travail va être sur la rédaction de la note de crédit. Il va devoir rédiger une note en interne qui présente le projet, les risques associés, les acteurs, etc. Nous essayons d’impliquer les juniors dans les discussions avec les sponsors pour qu’ils comprennent comment se déroule une transaction et avoir ainsi une vision complète du projet.

Quid des horaires ?

Les horaires sont plutôt agréables comparés à d’autres métiers en banque d’affaires, comme le M&A. Il y a un bon équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Une journée normale commencera vers 9h et finira vers 19h. Il y a forcément des phases où l’on travaillera plus, surtout lorsque les deadlines approchent. On peut finir vers 1h ou 2h du matin pendant ces périodes. Cela peut dépendre aussi du client car certains sont plus exigeants que d’autres. Il nous arrive de devoir travailler le week-end mais ce n’est pas la norme.

Les banquiers en Project Finance sont réputés pour avoir très souvent recours aux modèles Excel. Pourquoi cela ?

Effectivement, nous utilisons beaucoup de modèles. Ils sont d’ailleurs beaucoup plus complexes que ce que l’on peut voir en M&A par exemple. Il nous permet d’avoir une projection des revenus et donc du cash généré par le projet, ce qui permettra de rembourser la dette. C’est donc extrêmement important d’avoir une bonne visibilité sur cette génération de cash. En modélisant différents scénarios, nous pouvons nous assurer de la viabilité du projet, même si les opérations ne venaient pas à se dérouler comme prévu (augmentation des coûts, prix plus bas…). Nous utilisons différents rapports et études des cabinets de conseils ainsi que des hypothèses des sponsors pour alimenter nos modèles.

L’après Financement de Projets

Quels sont les débouchés ?

On peut faire toute sa carrière en banque en gravissant les échelons d’Analyste à Managing Director. On peut aussi se réorienter en fonds Infrastructure, que ce soit dette ou equity. Les directions financières des grands industriels sont également accessibles. En général, il est recommandé d’avoir une expérience à l’international.

Qu’aimes-tu dans ton métier ?

Le Project Finance m’a permis de concilier ma formation en ingénierie et mon intérêt pour la finance. J’aime beaucoup l’idée de financer des actifs concrets et utiles pour la société. C’est aussi un secteur avec de nombreux sous-secteurs et le métier évolue beaucoup en fonction des tendances de marché.

A titre personnel, l’équipe dans laquelle je travaille est super, ce qui est très agréable au quotidien. Les horaires te permettent également d’avoir un bon équilibre de vie.

Merci pour cette interview !

4 Comments

  • Le Petit Analyste - L'Infrastructure Private Equity 18 novembre 2020 at 19 h 20 min

    […] l’est aussi pour l’Infrastructure Private Equity. On pourrait aussi rajouter le Project Finance. Un passage dans ce métier est apprécié du fait de la complexité des […]

  • […] vers le M&A et le Private Equity, même si on en voit de plus en plus aller vers le Project Finance. Il faut aussi savoir qu’un certain nombre d’étudiants travaillent également en finance de […]

  • […] Finance (choisi par environ deux tiers de la promotion) : M&A, ECM, DCM, Transaction Services, Project Finance ou encore Leveraged […]

  • […] Le Petit Analyste – ESSEC Business School : Master in Finance dans Le Project Finance […]

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