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L’Infrastructure Financing

12 mai 2022 No Comments

Après l’Infrastructure Private Equity, direction l’autre côté de l’Atlantique pour une interview d’un professionnel de l’Infrastructure Financing. Excellente lecture !

Bonjour et merci d’avoir accepté l’interview ! Quel est ton parcours ?

De la classe préparatoire à EDF

J’ai un parcours classique. Après deux années de classe préparatoire scientifique, j’ai intégré une école d’ingénieur généraliste durant laquelle j’ai effectué des stages en gestion de projets.

J’ai ensuite rejoint le programme Grande Ecole de l’ESSEC en admission sur titre, dans le but d’approfondir mes connaissances du monde de l’entreprise, et plus particulièrement en finance. J’ai réalisé tout mon cursus en alternance chez Eramet, un grand groupe minier, dans un poste en contrôle de gestion. A la fin de l’ESSEC, j’ai intégré le groupe EDF chez qui j’ai travaillé pendant six ans dans des fonctions financières et stratégiques. J’étais, par exemple, impliqué sur les stratégies de financement et d’investissement du groupe. En parallèle de mon travail, j’ai passé les trois niveaux du Chartered Financial Analyst, ou CFA.

Direction le Canada

Après EDF, j’ai rejoint un cabinet de conseil en stratégie, d’abord dans leur bureau parisien puis canadien. Mon épouse étant canadienne, j’avais préparé en amont la demande de visa pour pouvoir un jour partir. Après quelques temps en conseil en stratégie, je me suis rendu compte que cela me plaisait moins que la finance. J’ai donc profité de la flexibilité du marché du travail canadien pour intégrer le fonds d’investissement d’Etat du Québec. J’étais spécialisé dans le secteur de l’énergie et nous proposions à la fois des financements en Private Debt ainsi qu’en Private Equity, même si nous investissions également en actions ou dettes cotées.

Après un an et demi chez eux, j’ai rejoint un grand fonds de pension public canadien. Chaque État a son fonds de pensions et les plus importants sont CDPQ (Caisse de Dépôt et Placement du Québec), CPPIB (Canada Pension Plan Investment Board) et OTTP (Ontario Teachers’ Pension Plan). Les montants gérés sont énormes et dépassent la centaine de milliards de dollars. A l’instar des fonds de Private Equity classiques, les fonds de pensions canadiens vont proposer plusieurs stratégies, selon les actifs, les secteurs et les rendements attendus. Je travaille actuellement dans l’équipe Infrastructure Financing.

Présentation de l’Infrastructure Financing

Qu’est-ce que l’Infrastructure Financing ?

Financement en dette et secteur

Les équipes Infrastructure Financing financent par la dette des projets ou sociétés opérant dans le secteur de l’infrastructure. La définition du secteur est relativement variable d’un fonds à l’autre, même si l’on retrouve souvent les mêmes caractéristiques, comme l’essentialité de l’actif, la stabilité de leurs revenus ainsi que la présence de barrières à l’entrée. On peut donc retrouver aussi bien des autoroutes que des entreprises de logistiques, de télécommunications, des énergéticiens ou encore les réseaux de transports en commun.

Instruments financiers, structures et montants

Il y a deux grandes structures de financement. Nous pouvons financer un projet via une structure de type Project Finance, impliquant une SPV (Special Purpose Vehicle). Nous pouvons également financer l’entreprise directement.

Dans les deux cas, les instruments de financement sont variés et comprennent de la dette sénior, de la dette junior, des actions préférentielles ou encore de la dette mezzanine. Chaque fonds proposera l’instrument en ligne avec sa stratégie. Les fonds cherchant un rendement plus élevé proposeront des instruments plus risqués, comme de la dette junior ou de la dette mezzanine.

Les montants sont très variables et vont de quelques dizaines de millions de dollars, pour un petit parc éolien par exemple, à plusieurs milliards de dollars.

Quels sont les principaux acteurs de l’Infrastructure Financing ?

Les acteurs traditionnels sont les banques, les assureurs, ainsi que les fonds de pensions américains, asiatiques, nordiques, ou des pays du Golfe. Les grands fonds de Private Equity ont également maintenant des équipes d’Infrastructure Financing.

Tous ces acteurs n’ont toutefois pas la même stratégie. Les fonds de Private Equity cherchent en général un rendement élevé et n’hésiteront donc pas à prendre plus de risques, soit en proposant des instruments plus junior (dette junior, dette mezzanine), soit en finançant des actifs avec une notation inférieure à BBB-, c’est-à-dire Non-Investment Grade ou High Yield. A l’inverse, les assureurs vont plutôt s’orienter vers des actifs sûrs ou des instruments du type dette senior.

Travailler en Infrastructure Financing

Quels profils sont valorisés pour intégrer le milieu ?

Il faut, bien sûr, avant tout, des compétences financières. L’idéal serait d’avoir également des connaissances en ingénierie ou en droit. En effet, les dossiers sont transverses et il faut être à l’aise avec les notions juridiques, les termes financiers et les concepts techniques. C’est un métier riche.

Est-il difficile de passer d’un grand Corporate à un fonds d’investissement ?

Il faut savoir que les grands groupes industriels ont des équipes dont les activités sont similaires à ce que font les banques d’affaires ou les fonds de Private Equity. En effet, les grands Corporate ont des équipes dédiées au M&A, au financement ou encore à l’investissement. Ainsi, EDF possède des équipes de gestion d’actifs ainsi que de Venture Capital, notamment à travers la filiale EDF Invest.

Le marché du travail canadien est également différent du marché du travail français. Il est beaucoup plus liquide et il est plus aisé de changer d’emploi. En effet, il y a une pénurie de main d’œuvre dans tous les secteurs et à tous les niveaux à la suite de la pandémie. Mes expériences en finance, couplées à mes trois niveaux du CFA, m’ont permis de passer en fonds d’investissement assez rapidement.

Justement, quel est ton avis sur le CFA ? Conseilles-tu de le passer ?

Tout dépend de ta situation. Si tu travailles en France ou à Londres en étant diplômé d’une bonne école d’ingénieurs ou de commerce et avec des expériences dans le secteur, la plus-value du CFA sera minime, à moins de vouloir faire carrière dans la gestion d’actifs. A l’inverse, si tu souhaites travailler en Amérique du Nord ou en Asie, le CFA est un avantage car il est reconnu.

C’est une certification assez exigeante et nécessitant entre trois et quatre années de travail. Il faut donc bien peser le pour et le contre, même si rien n’empêche de ne passer que le premier niveau pour commencer.

Comment préparer au mieux les entretiens ?

Il faut savoir modéliser les grands aspects d’un actif, à savoir la génération de revenus, les coûts ainsi que la structure financière. Tu dois également pouvoir calculer le rendement, la VAN (Valeur Actuelle Nette), le TRI (Taux de Rendement Interne) ainsi que les grands ratios comme le DSCR (Debt Service Coverage Ratio), le levier ou encore le gearing.

Outre ces notions techniques, il est important d’avoir des connaissances précises sur certains secteurs, comme l’énergie ou les télécommunications. Il faut pouvoir citer les grands acteurs, les tendances actuelles ou encore parler des dernières transactions. On ne peut bien sûr pas tout savoir mais il faut démontrer une certaine curiosité lors de l’entretien.

Quid des horaires ?

Les horaires sont à la fois liés au travail en lui-même et à la culture de l’entreprise. Globalement, le rythme n’a rien à voir avec le M&A même si les journées restent chargées. Une journée type commence vers 8 h du matin pour finir entre 19 h et 20 h, avec occasionnellement du travail le soir ou le week-end, selon l’avancée de la transaction. En effet, nous ne sommes pas maîtres de notre calendrier et nous devons aller au même rythme que le client et que la banque qui gère le processus de financement.

Le rythme est plus intense qu’en Corporate. Il y a moins d’employés, moins de couches hiérarchiques et il est donc plus facile d’avoir les autorisations nécessaires. Il ne faut pas toutefois s’y méprendre, il est tout à fait possible de travailler autant dans une équipe M&A d’un grand groupe industriel que dans un fonds d’investissement. En général, les horaires restent toutefois plus légers qu’en fonds d’investissement ou en banque d’affaires.

Le métier au quotidien

Quelles sont les étapes d’une transaction ?

L’origination et les premiers filtres

Une transaction dure environ deux à trois mois. L’origination d’une transaction se fait en général grâce à ton réseau au sein des banques d’affaires, fonds d’investissement et industriels. Tu dois d’abord identifier les transactions compatibles avec la stratégie de ton fonds, que ce soit en termes de taille, de risque et de secteur. Une fois la cible identifiée, il faut s’assurer qu’elle correspond aux critères ESG. Nous étudions également le montage financier, les risques du business model, la géographie ou encore les risques géopolitiques.

Une fois passé ce premier filtre, nous allons avoir une discussion préliminaire avec le client sur le term sheet. Ce document résume les différents termes juridiques et les aspects importants de la structure de la transaction, comme le taux de la dette, sa maturité ou encore les ratios à respecter. Une fois que nous sommes d’accord sur la term sheet, nous passons en phase de due diligence. Nous étudions avec attention les due diligences techniques, financières et légales préparées en amont.

Une fois cette étape validée, nous allons présenter la transaction devant un comité d’investissement. Après l’accord de ce dernier, nous avons la clôture légale, déboursement de l’argent et phase de suivi du financement jusqu’à remboursement.

Le suivi du portefeuille

Le suivi de portefeuille est important car la vie de l’actif peut être rythmée par de nombreux événements. Un projet ou une entreprise peut par exemple être amené à faire défaut. Il faut savoir que le défaut n’implique pas forcément une perte d’argent pour notre fonds.

En effet, l’actif peut être déclaré en défaut s’il ne respecte pas certains ratios définis préalablement dans la documentation juridique. C’est ce qui est arrivé pendant la pandémie. L’activité s’est soudainement arrêtée, détériorant ainsi les performances des actifs. Ce n’était pas un problème inhérent au projet ou à l’entreprise. Il y aura donc des négociations entre le management et les créanciers pour amender la documentation juridique. Ils pourront, par exemple, être autorisés à ne pas respecter certains ratios pendant plusieurs mois, le temps que l’activité reprenne.

Quels sont les débouchés ?

Les débouchés sont variés. On peut bien sûr évoluer en interne, aller dans un autre fonds d’investissement ou passer en banque d’affaires, dans un cabinet de conseil ou dans un groupe industriel.

Vivre et travailler au Canada

A quoi ressemble le marché du travail en finance, au Canada ?

Le principal pôle financier est Toronto. C’est l’équivalent de Londres en Europe. Montréal est plus petit et serait davantage semblable à Paris. Il y a également des pôles financiers locaux encore plus petits, comme à Calgary ou à Ottawa.

Le marché du travail canadien est globalement sous tension. Cela s’explique en partie par l’impact de la pandémie : ralentissement de l’immigration, inflation galopante et mise en place du télétravail. Comme je le disais, il est facile de changer d’employeur.

VIE, stage, double diplôme … Quel est le meilleur moyen pour travailler là-bas ?

Tous les moyens sont bons, du moment que l’on s’y prépare en amont. J’ai remarqué qu’il y avait toutefois assez peu de stages proposés, contrairement aux USA. Je ne sais pas si le gouvernement propose des visas à destination des futurs stagiaires étrangers.

En étant diplômé, tu peux obtenir sans difficulté une « Résidence Permanente », l’équivalent de la Green Card depuis la France. La procédure peut toutefois être assez longue – jusqu’à deux ans – et coûte environ deux-mille dollars.

Quelles sont les différences avec Paris ou Londres ? Plus généralement, comment trouves-tu la vie là-bas ?

C’est la mentalité nord-américaine. Il y a moins de présentéisme. Pour vous donner un exemple concret, cela fait deux ans que nous sommes en télétravail à temps plein.

Je trouve que c’est plus simple de vivre au Canada en étant français qu’aux Etats-Unis. La communauté française est énorme à Montréal et Toronto, un peu à l’image de ce que l’on retrouve à Londres. Là où je travaille, un tiers des gens sont français. Je ne trouve pas que ce soit compliqué de faire sa vie du fait des opportunités de travail et de la présence d’une importante communauté française.

Qu’aimes-tu dans ton métier au quotidien ?

J’adore travailler sur plein de projets différents dans des secteurs variés. Tu es toujours en train d’apprendre de nouvelles choses avec des acteurs différents.

Merci à toi pour cette interview !

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