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Le Growth Equity

26 juin 2021 No Comments

Après le Private Equity, on vous présente son petit frère, le Growth Equity. Bonne lecture !

Bonjour et merci d’avoir accepté l’interview ! Quel est ton parcours ?

J’ai un parcours assez classique. Après un baccalauréat scientifique et deux années de classe préparatoire, j’ai rejoint une école de commerce parisienne. Je me suis bien sûr spécialisée en finance. Les cours de M&A m’ont particulièrement intéressée, j’ai donc décidé de réaliser ma première partie de césure dans ce secteur.

Ma deuxième partie de césure s’est déroulée dans une fintech proposant des services aux banques privées. Cette expérience m’a permis à la fois de diversifier mes expériences, d’avoir des missions plus opérationnelles et de découvrir le monde de la banque privée.

A la fin de mes études, j’ai d’abord pris quelques vacances. C’est important ! (Rires) J’ai ensuite postulé en Venture Capital dans de nombreux fonds, principalement à Paris. Même si je savais déjà dans quels types d’équipes je souhaitais travailler, j’ai décidé de passer des entretiens dans des structures différentes. En plus de rencontrer des professionnels, cela vous permet de vous faire une idée sur l’ambiance de l’entreprise. J’ai finalement décroché une offre dans le fonds où je travaille actuellement.

Présentation du Growth Equity

Qu’est-ce le Growth Equity et quelles sont les différences avec le Private Equity classique et le Venture Capital ?

Il faut savoir que les entreprises financées par equity (Seed, Venture Capital ou Growth Equity) ne génèrent pas nécessairement de cash. Certaines ne peuvent donc pas s’endetter, ou pas aux meilleures conditions. Nous les finançons donc via une injection d’Equity, c’est-à-dire de l’argent contre des actions.

Le Growth Equity, à mi-chemin entre le Venture Capital et le Private Equity

Le Growth Equity est un animal hybride situé entre le Venture Capital et le Private Equity classique. Pour faire simple, le Venture Capital s’adresse à de jeunes entreprises alors que le Private Equity finance les entreprises plus matures. Entre les deux, on retrouve le Growth Equity.

Chaque type de fonds s’intéresse à des entreprises plus ou moins jeunes. Si l’on souhaite classer ces fonds selon la maturité de leurs cibles, nous avons, de la plus jeune à la plus mature : le Seed, le Venture Capital, le Growth Equity puis le Private Equity.

Le Seed 

Le Seed finance les entreprises employant quelques personnes, souvent les fondateurs avec éventuellement un ou deux employés. L’entreprise peut déjà proposer un produit mais ce n’est pas une nécessité. Elle ne génère pas forcément de chiffre d’affaires.

Les fonds de Seed vont investir dans l’entreprise traditionnellement entre quelques centaines de milliers et quelques millions d’euros pour l’aider à démarrer. Avant cela, le fonds va d’abord s’assurer du potentiel du marché et du sérieux de l’équipe. Les analyses vont donc surtout porter sur le marché, le paysage concurrentiel ainsi que la qualité de l’équipe aux commandes. Les études porteront moins sur les données financières car il y en a peu.

Le Venture Capital

Le Venture Capital est l’étape suivante. La boîte commence à faire du chiffre d’affaires et croit fortement. Elle emploie environ une dizaine, voire plusieurs dizaines d’employés, selon le modèle de l’entreprise.

Le fonds de Venture Capital va investir entre quelques millions et quelques dizaines de millions d’euros. La levée de fonds permettra par exemple de structurer l’entreprise : force de vente, R&D, recrutement des premiers middle managers…

Le Growth Equity

Le Growth Equity prend ensuite le relais. Les tickets vont de plusieurs dizaines de millions à une centaine de millions d’euros. Dans notre fonds, nous investissons entre vingt et soixante-dix millions d’euros dans des entreprises générant un chiffre d’affaires significatif. Elles emploient en général au minimum une cinquantaine de personnes. La pertinence de leur produit est prouvée, ils ont une force commerciale et les procédures internes sont en place. Notre investissement permettra par exemple de développer un second produit ou de se lancer dans de nouveaux pays.

Le Private Equity

Les acteurs du Private Equity classique sont différents des acteurs précédents.

Les entreprises rachetées par les fonds de Private Equity sont généralement moins risquées car plus matures. Elles ont fait leurs preuves. Le cas échéant, les entreprises cibles des fonds de Private Equity doivent également générer assez de trésorerie pour rembourser la dette émise lors du montage LBO (Leveraged Buy Out). C’est donc très différent du Venture Capital, du Seed ou du Growth Equity. Les investisseurs en Private Equity ne vont pas non plus analyser les entreprises de la même manière. Les fonds de venture capital ont en général un objectif de croissance de l’entreprise, là où les fonds de Private Equity ont un objectif d’efficacité sur un marché : économies d’échelle, stratégie de build-up, rationalisation de la structure…

Les deux approches sont donc complémentaires.

Peux-tu dire un mot sur le paysage du Venture Capital français ?

L’écosystème français

Il faut savoir que l’écosystème français est très actif, avec de nombreux investisseurs privés mais également publics comme la BPI. La Banque Publique d’Investissement a des fonds pour à peu près tous les types d’entreprises, et soutient également les jeunes pousses par des systèmes de prêts attractifs, des concours avec des prix intéressants par catégorie, du soutien et de l’accompagnement. Dance cet environnement favorable, tout un écosystème s’est développé notamment en early stage, ce qui a permis l’émergence de nombreux investisseurs en Seed ou en Venture Capital.

En Growth Equity en revanche, le marché français commence seulement à s’organiser. Le rapport édité en 2020 par P. Tibi dresse le constat de la forte dynamique des start-up en France mais également celui de leurs difficultés à se financer à des phases plus avancées de leur développement, c’est-à-dire au niveau du late stage (levées supérieures à 50 millions d’euros) et de la cotation, du fait du manque d’investisseurs spécialisés sur ces segments. Le fonds dans lequel je travaille permet notamment d’adresser ce challenge, et participe à combler ce manque de financement.

Au-delà la France, les opportunités existent partout en Europe et dans le monde. Pour te donner un exemple, sur une dizaine d’entreprises européennes en portefeuille dans mon fonds, 3 sont en France, 3 en Allemagne, 2 au UK et 2 dans les pays nordiques. En Europe, ce sont les quatre hubs qui récoltent traditionnellement une grande partie des investissements.

Les différents acteurs du Growth Equity

Le Growth Equity devient une classe d’actif de plus en plus attractive, et la presse fait souvent écho de nouveaux acteurs qui se lancent sur ce marché. Ce sont en général des fonds existants de Private Equity ou de Venture Capital qui se lancent dans cette nouvelle stratégie. Cela permet au nouveau fonds de Growth de bénéficier de leurs réseaux, leur image de marque, leur expérience préalable. L’origine du fonds de Growth Equity va d’ailleurs influencer l’approche qu’ont les investisseurs, selon qu’ils viennent du Private Equity classique ou du monde du Venture Capital : les entreprises qu’ils recherchent, la taille fonds, la taille des tickets…

Aujourd’hui, il y a une dizaine de fonds de Growth Equity européens. A cela s’ajoutent les fonds américains qui investissent également en Europe, depuis les Etats-Unis ou avec des équipes locales. Les équipes sont principalement basées à Londres puis Paris et Berlin. Les pays nordiques se dynamisent aussi beaucoup.

Est-on spécialisé sur un secteur ou une géographie ?

Tout dépend du fonds. Il faut d’ailleurs se poser la question de se spécialiser ou non lors de la recherche de son premier emploi.

Chaque approche a ses avantages et ses inconvénients. J’ai choisi d’être dans un fonds tech mais plutôt généraliste car je voulais être exposée à différents modèles et différents secteurs, pour découvrir plus de choses au début de ma carrière et acquérir une expérience transverse. Et à l’époque, je n’avais pas de secteur de prédilection. A l’inverse, une spécialisation te permettra d’être rapidement plus pertinent dans tes analyses, d’avoir une meilleure connaissance d’un ou plusieurs secteurs et d’acquérir une expertise.

Le choix du fonds dans lequel vous travaillez n’a rien d’anodin. La zone géographique et le secteur dans lequel investit le fonds sont régis par les accords passés entre les investisseurs du fonds (Limited Partners) et le fonds lui-même, au moment de la levée. C’est donc votre cadre pour les années que vous y passerez, et déterminera le contenu de votre travail au quotidien !

Travailler en Growth Equity

Quelles expériences sont recherchées pour intégrer ce milieu ?

Cela dépend du type de fonds pour lequel vous postulez. Les acteurs du Growth Equity investissent dans des entreprises plus matures, qui ont déjà quelques années d’existence. Des données financières sont donc à notre disposition. Il y a ainsi plus de modélisation et d’analyse financière historique que dans un fonds de Seed par exemple.

Dans tous les cas, nous cherchons des personnes avec des compétences analytiques et une compréhension des business. Plus le fonds investit dans des entreprises matures et plus ils chercheront à recruter des personnes à l’aise dans les missions d’analyse. Un stage en banque d’affaires, comme en M&A, ou en conseil en stratégie vous aidera à acquérir ces compétences. Une expérience en start-up est également la bienvenue. A vous d’optimiser votre parcours selon votre objectif. Plusieurs stages en start-up vous aideront moins à décrocher une offre en Private Equity que dans un fonds plus early-stage.

Ecoles d’ingénieurs vs. écoles de commerce

L’école de commerce avec spécialisation en finance d’entreprise est la voie classique vers tous les métiers d’investissement. On attend toutefois de vous une certaine débrouillardise, un intérêt pour le domaine et de la curiosité. Le venture capital est lui-même un milieu assez entrepreneurial :  vous devez prendre des initiatives pour trouver les investissements, vous former dans les bons secteurs, grandir dans votre métier.

Les ingénieurs sont de plus en plus recrutés. En effet, ils ont généralement une connaissance plus fine des produits techniques. Un ingénieur travaillant en Growth Equity ou en Venture Capital aura en général un double diplôme avec une école de commerce, et/ou une expérience en banque d’affaires ou en conseil en stratégie.

Comment préparer au mieux ses entretiens ?

Il y a trois parties principales à préparer.

La motivation

Vous devez bien sûr expliquer pourquoi vous souhaitez rejoindre le monde du Growth Equity. Il faut également se renseigner sur les caractéristiques du fonds, à savoir son secteur et sa géographie. Cherchez également à quelle étape le fonds investit et les entreprises en portefeuille. Les sites internet des fonds sont généralement très bien faits, vous n’avez donc pas d’excuse !

La prise de décision

On aime bien demander aux candidats dans quelle entreprise, parmi celles que l’on a en portefeuille, il aurait investi ou non. Ce n’est pas facile de dire aux personnes en face de toi qu’ils n’auraient pas dû faire cet investissement ! (Rires) Nous cherchons des personnes prêtes à défendre leurs opinions. On peut également demander aux candidats de nous parler d’une entreprise que l’on ne connaît pas. Ce n’est pas grave si vos interlocuteurs connaissent déjà la boîte. Le plus important est que votre choix respecte la politique d’investissement du fonds en termes de maturité d’entreprise, de secteur et de géographie.

La technicité

Il faut maitriser la notion de valorisation. Les fonds de Growth Equity utilisent traditionnellement surtout la méthode des multiples transactionnels et boursiers. La méthode DCF nécessite que l’entreprise génère de l’EBITDA et des free cash-flows positifs, ce qui n’est pas toujours le cas chez celles dans lesquelles nous investissons.

L’autre notion extrêmement importante est l’analyse de cohorte. Pour résumer simplement, c’est le comportement des clients au cours du temps. Une cohorte correspond à un mois – cohorte de mai 2017 par exemple – et représente toutes les personnes devenues clientes au cours de ce mois. Nous allons ensuite suivre leur comportement au cours des mois suivants. Ils peuvent ne rien faire, acheter plus ou moins de produits de l’entreprise (upsell et downsell, respectivement), ou ne plus être client (churn). Vous trouverez sur internet énormément de modèles d’analyse de cohorte pour préparer vos entretiens. Les analyses diffèrent sensiblement selon le type d’entreprise. Même si l’on n’apprend pas ça en école de commerce, c’est un outil que nous utilisons au quotidien. Il est donc crucial de bien le maitriser avant un entretien ; l’analyse des états financiers ne suffit pas.

Une fois l’offre en poche, à quelle fourchette de salaire peut prétendre un junior ?

Les composantes du salaire

En plus du fixe, il faut rajouter le bonus ainsi que l’intéressement et la participation. L’intéressement et la participation sont des composantes du salaire régies par la loi et qui peuvent représenter une part importante de votre salaire. Avoir un salaire fixe plus bas que votre camarade de promotion ne veut donc pas forcément dire que vous êtes moins bien payé que lui. Selon le la rémunération évolue dans une fourchette de quarante mille à soixante mille euros environ.

Le carried interest

Le carried interest est un intéressement du salarié à la performance du fonds. C’est la part de plus-value obtenue par un fonds d’investissement, distribué à ses salariés. Dans un modèle classique, cette somme atteint souvent 20 %, mais n’est perçue que si la rentabilité annuelle atteint un certain pourcentage, en général 7 ou 8 %. Les pourcentages varient selon les fonds. Il est très rare d’avoir du carried interest en tant que junior. Il faut d’ailleurs savoir que pour le toucher, il faut investir ses propres économies. En effet, on ne peut toucher le carried interest que si l’on met un certain montant dans le fonds avant de le récupérer d’ici plusieurs années. Les négociations de carried interest sont assez opaques et différentes selon le fonds.

Le quotidien

A quoi peut ressembler le quotidien d’un stagiaire ou d’un junior ?

Le travail fonctionne plutôt par projets que par journée. Le junior et le stagiaire auront sensiblement les mêmes missions. Environ 30% de l’activité consiste en du sourcing. Nous identifions des entreprises qui nous intéressent avant de contacter le management pour leur demander s’ils souhaitent travailler avec nous et nous envoyer quelques données le cas échéant. Une partie du sourcing en Growth Equity peut venir directement des banquiers d’affaires. L’autre façon d’identifier des cibles est d’étudier un marché et d’en ressortir les entreprises qui nous intéressent (approche top-down).

Environ 40% de mon temps est consacré à l’analyse de transactions. Une fois que l’entreprise est d’accord pour travailler avec nous, elle va nous envoyer des données : un deck (une présentation de quelques slides sur son activité), ses états financiers, cohortes, présentation des produits … Nous analysons ensuite les données pour en déduire une valorisation et proposer un prix. Si l’entrepreneur est d’accord, nous rentrons dans une phase d’exclusivité durant laquelle les termes légaux sont négociés. Les Due Diligences sont réalisées en parallèle. C’est une phase où nous demandons à d’autres acteurs spécialisés (conseil juridique, conseil technologique, conseil stratégique, transaction services, etc.) de rentrer dans le détail de leur sujet avec l’entreprise, et de nous remonter d’éventuels risques. Elles nous permettent d’avoir une vision plus fine de l’entreprise et de repérer des éléments bloquants qui nous feraient arrêter la transaction. Une fois que tout est ok, chaque partie signe le Shareholder Agreement.

Le reste de mon temps va être réparti entre le suivi des entreprises en portefeuille, diverses tâches administratives et le reporting auprès de nos Limited Partners.

Quid des horaires et du rythme ?

Je commence vers neuf heures et finis aux alentours de vingt heures. On peut bien sûr finir bien plus tard ou travailler le week-end quand le contexte l’exige, mais cela reste exceptionnel.

L’après Growth Equity

Quels sont les débouchés ?

La plupart des personnes en Growth Equity ont déjà quelques expériences en banques d’affaires ou en cabinets de conseil. En tant que junior, tu peux faire ta carrière dans le même fonds si tu t’y plais. Tu peux aussi rejoindre une start-up ou lancer ta propre entreprise.

Qu’aimes-tu dans ton métier ?

C’est extrêmement agréable d’être autonome dans son travail. Je peux donner mon avis sur une transaction et mes collègues n’hésiteront pas à me dire si c’est une bonne idée ou si au contraire, je suis passé à côté de quelque chose. Le fait d’être généraliste me permet d’être exposée à énormément de secteurs différents et de savoir désormais quels domaines m’attirent le plus.

J’améliore aussi beaucoup ma compréhension des différents modèles d’entreprises, et je suis capable de plus en plus rapidement de situer les différentes boîtes et déterminer quels seront les points clés d’un dossier (la taille de marché ? la qualité du produit ? …). C’est très stimulant comme environnement, il faut constamment faire des choix et prendre des décisions. Nous ne pouvons pas tout analyser ou tout financer. Il faut donc choisir, quitte à se tromper.

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