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De Quant à Trader en Hedge Fund

30 mai 2020 No Comments

Les chiffres et la finance sont vos deux passions ? Vous devriez lire l’interview qui suit. Un ancien Quant d’une grande banque américaine, désormais trader en hedge fund, vient nous parler de son parcours.

Bonjour et merci d’avoir accepté l’interview ! Quel est ton parcours ?

Après le lycée, j’ai fait une classe préparatoire MP étoile avant d’intégrer une grande école d’ingénieurs. J’ai choisi de suivre un master de mathématiques appliquées, mais pas spécialisé dans la finance. Je me suis ensuite orienté vers l’industrie, par curiosité. Cela m’a moyennement plu. J’ai donc changé assez vite de voie pour m’orienter en finance.

J’ai passé quelques entretiens avant d’intégrer une grande banque américaine à Londres en tant qu’analyste quantitatif, ou Quant. Je travaillais sur des modèles de pricing de produits dérivés. Après quelque temps à ce poste, j’ai eu l’opportunité de faire du trading haute fréquence dans un hedge fund.

Présentation du métier de Quant

Qu’est-ce qu’un Analyste Quantitatif, ou Quant ?

Le métier de Quant regroupe beaucoup d’expériences différentes. Cela peut inclure aussi bien des personnes chargées d’optimiser l’utilisation du capital de la banque que des rôles plutôt commerciaux.

Le métier que j’exerçais était le métier de Quant que l’on s’imagine. J’étais rattaché à une équipe qui s’occupait des options. Je travaillais sur les modèles de pricing et mon but était d’aider les traders dans leurs activités.

Devenir Quant

Ce genre de carrière est-elle réservée aux ingénieurs ou scientifiques ?

Oui, c’est très rare d’y accéder sans un parcours scientifique. Toutes les grandes écoles d’ingénieurs, comme Polytechnique ou Centrale Paris, permettent de devenir Quant. Les écoles d’ingénieurs orientées informatique, comme l’ENSIMAG, donnent également de bonnes opportunités. Il faut aussi rajouter à ça les formations telles que El Karoui ou Laure Elie. De manière générale, toutes les personnes avec une formation quantitative, que ce soit un master ou un doctorat, ont leurs chances d’intégrer ce milieu.

Je connais des personnes dans le métier venant d’écoles de commerce. Ils avaient cependant un bon niveau en mathématiques et en programmation. Ils restent quand même largement minoritaires, même si on peut les retrouver dans certains métiers. Comme je l’ai dit avant, le mot Quant peut regrouper des métiers plus commerciaux, qui se rapprochent par exemple de la structuration. Ils vont répondre de manière quantitative aux besoins d’un client afin de proposer un produit sur mesure. Ce genre de métier est donc à cheval entre le Quant et le commercial.

Un passage par une formation en finance après une bonne école d’ingénieurs est-il recommandé ?

Non, je ne pense pas que ce soit nécessaire. Les masters comme El Karoui ou Laure Elie sont toujours très recherchés, c’est vrai, mais les banques recruteront quand même des personnes ayant uniquement une formation quantitative non financière, comme en physique ou en sciences de l’informatique.

Quelles sont les expériences idéales pour atteindre ce poste ?

Depuis que je travaille, j’ai dû regarder une centaine de CV. Il est rare d’avoir un étudiant avec des stages ayant une réelle plus-value. La plupart des personnes recrutées par les banques viennent de formations où les stages proposés ont rarement une réelle valeur ajoutée pour un poste de Quant.

Les seules exceptions seraient des stages dans des entreprises comme Google ou autres, où les aspects quantitatifs et de programmation sont prépondérants. Je conseille toutefois de réaliser votre stage de fin d’études en banque.

En termes d’opportunités, est-il plus facile de commencer sa carrière à Londres qu’à Paris ?

Je pense qu’il y a de plus en plus d’opportunités à Paris à la suite du Brexit. La plupart des postes sont quand même basés à Londres.

Historiquement, les équipes de Quant à Paris se trouvaient plutôt chez BNP Paribas et Société Générale. Ces banques sont malheureusement fragilisées depuis quelques années.

Justement, quels sont les acteurs les plus réputés dans le métier de Quant ?

Toutes les banques sont à peu près similaires. Les rôles de Quant sont toutefois un peu différents selon les institutions. Chez JP Morgan, les équipes sont très nombreuses et le travail va donc être plus spécialisé que chez Goldman Sachs, qui possède des équipes plus réduites.

L’autre possibilité est d’intégrer un fonds en tant que Quant directement après les études. C’est toutefois plus rare et plus compétitif. Il y a peu de places.

Quelles sont les grades en tant que Quant ?

Les grades en Quant sont similaires à ceux de la banque d’affaires. La hiérarchie est beaucoup moins pesante qu’en M&A et les rôles moins délimités. Jusqu’au grade d’Executive Director/Senior Vice-Président, les Quant ont tous le même rôle, même si la complexité des projets varie selon l’ancienneté. Il n’y a pas de pyramide hiérarchique avec un Quant junior qui va travailler pour un Quant senior qui lui-même attend les ordres d’un Quant encore plus senior. Cela ne fonctionne pas comme ça.

Quels outils ou logiciels utilisez-vous au quotidien ?

Nous utilisons Python, Java ou encore C++ pour programmer des modèles, débugger ou construire des outils. Nous n’utilisons pas Bloomberg car les fonds et les banques ont leurs propres bases de données. On peut toutefois y avoir recours en cas d’incertitudes.

Nous n’utilisons généralement pas Excel, ce n’est pas assez puissant pour ce que nous faisons. J’ai toutefois entendu que les traders dans certaines banques l’utilisaient. Les Quant vont donc être obligés de coder en VBA pour les aider.

Passer de Quant en banque à trader en hedge fund

Est-ce un passage naturel, au même titre que passer du M&A au Private Equity ?

Je pense qu’au contraire, c’est rare de passer de Quant à trader haute fréquence. A l’inverse, c’est courant de voir un Quant passer dans le monde du trading quantitatif, dont le trading haute fréquence fait partie.

Justement, qu’inclus-tu dans le trading quantitatif ?

Le trading quantitatif regroupe tous les acteurs qui ont développé des algorithmes pour exécuter de manière systématique leurs stratégies.

Beaucoup d’acteurs font par exemple ce qu’on appelle le market making, c’est-à-dire qu’ils offrent comme service des prix à des clients. Historiquement, c’était le travail des banques. Les revenus sont moins variables car on offre un service : si on le fait bien, on sera toujours rémunéré.

A l’inverse, des entités comme les hedge funds vont avoir pour objectif de battre le marché. C’est beaucoup plus compliqué.

Peut-on directement intégrer ce métier à la sortie de l’école ?

C’est très rare. Cela peut s’envisager si on a une thèse ou un stage dans un secteur spécifique, supervisé par des chercheurs connus. Cela te donne une certaine légitimité. J’ai quelques exemples en tête mais en dehors de ça, c’est très rare.

Comment passer de la banque à un hedge fund ?

Je m’y suis pris après la saison des bonus ! (Rires) J’ai commencé à contacter des chasseurs de têtes et passer quelques entretiens. Il y a beaucoup d’opportunités, mais toutes ne sont pas forcément intéressantes. Passer de la banque à un hedge fund peut également prendre un peu temps, entre six mois et un an.

Je ne pense pas qu’il y ait un nombre d’années d’expérience idéal à avoir avant de travailler en hedge fund. J’ai vu aussi bien des personnes passer en fonds au bout de dix ans qu’au bout d’un an et demi. Il faut toutefois avoir au moins un ou deux ans d’expérience pour maîtriser les bases de l’activité.

On peut lire dans la presse que beaucoup de hedge funds ferment. Intégrer un fonds peut donc être risqué ?

En effet, c’est risqué d’intégrer une structure peu connue ou qui vient de se créer. Commencer un travail dans un fonds qui ferme peu après peut mettre un gros frein à votre carrière. Il faut être sélectif et s’assurer que le fonds est performant et que les équipes sont bonnes.

Il faut également prendre en compte la possibilité de ne pas réussir une fois le fonds intégré. Dans certaines structures, il y a des clauses de non-concurrence d’un an ou deux. Cela veut dire que si on se fait licencier, on ne peut plus travailler dans le milieu pendant cette période.

Pourquoi passer de la banque à un fonds ?

Cela dépend bien sûr des personnes. Personnellement, ma motivation n’était pas du tout d’ordre financier. Les banques ne peuvent plus rivaliser avec les meilleurs fonds en termes de technologie. Tout l’aspect quantitatif se trouve dorénavant plutôt chez les fonds. C’est ça qui m’intéresse.

Le côté politique de la banque a également commencé à me déplaire. La hiérarchie reste lourde, même si elle est moins pesante qu’en M&A. Il faudra par exemple, suivre l’idée proposée par le Managing Director, même si on ne la trouve pas forcément pertinente. Il n’y a pas du tout ça dans les fonds.

A quoi ressemble un entretien pour intégrer un hedge fund ?

Cela dépend des fonds. C’est fréquent d’avoir des brain teasers. Il suffit de s’entraîner pour s’en sortir. Il peut également avoir des exercices de programmation à faire chez soi pour ensuite discuter de la solution. J’ai aussi beaucoup parlé de mon expérience. Ils pouvaient ainsi apprécier la potentielle plus-value que je pourrai apporter à l’équipe.

Il y a également tout l’aspect humain et relationnel, ce qu’on appelle le fit. Dans certains endroits, cet aspect est toutefois assez limité pendant les entretiens.

Le monde du Trading Haute Fréquence

Qu’est-ce que le trading haute fréquence ?

Nous avons des algorithmes qui tournent chaque jour sur tous les marchés financiers et sur les différents produits. L’idée est d’être présent à l’achat et à la vente (bid et ask) pour essayer de gagner l’écart (spread) entre les deux. C’est assez compliqué à faire car les marchés sont efficients.

Je passe donc environ 10% à 15% de la journée à surveiller les algorithmes et à vérifier leurs réactions en cas de variations du marché. Cela nous permet de s’assurer qu’ils se comportent comme nous l’espérions et éventuellement d’avoir des idées pour les améliorer. Le reste du temps, je construis des stratégies ou améliore celles actuelles (générer plus de revenus, améliorer certains ratios…) en me basant sur les données historiques.

Comment s’organise une équipe de trading haute fréquence ?

Une équipe se segmente par type de produits. Si on prend l’exemple des futures, une personne va s’occuper des futures actions, une autre des futures commodités, une autre des taux et ainsi de suite. C’est toutefois possible d’avoir des stratégies qui fonctionnent pour plusieurs classes d’actifs.

Au sein d’une équipe on trouve 3 types de métiers : les traders chargés de surveiller les algorithmes, les chercheurs qui développent les stratégies et les développeurs spécialisés en C++ pour s’assurer de la rapidité des stratégies. Je suis trader et chercheur dans mon équipe.

Quels sont les grands acteurs ?

A Paris, on peut citer ABC Arbitrage, coté en Bourse. Parmi les principaux acteurs que l’on trouve à Londres, il y a Citadel Securities, Virtu, Optiver, Jane Street, Tower Research Capital ou encore Jump Trading. Ces entreprises sont assez petites, avec parfois une centaine d’employés. C’est un milieu assez secret et il n’est pas aisé de comprendre les activités des différents acteurs.

Comment l’activité est-elle rémunérée ?

En schématisant, nous voyons qu’un produit peut être acheté à 100 euros et vendu à 99 euros sur le marché. Nous nous plaçons des deux côtés. Si tout se passe bien, il y a un acheteur et un vendeur et nous nous rémunérons sur ce différentiel.

Est-ce que, à l’instar du Private Equity, ce sont des clients qui vous confient de l’argent ?

L’argent vient en général des fondateurs. Il faut savoir que le retour sur capital peut être très élevé, de l’ordre de 100% par an. Ce n’est pas une activité où le fait d’apporter deux fois plus de capital te rapportera deux fois plus d’argent. Cela dépend plus de la réaction des marchés que de ta stratégie. Il n’y a donc pas de problème à ne pas avoir d’investisseurs extérieurs.

Quelle est l’ambiance au quotidien ? Y a-t-il ce stress lié aux besoins de performances ?

L’ambiance est très bonne là où je suis mais cela dépend beaucoup des acteurs. Dans certaines boites, l’ambiance est moins agréable. Quoi qu’il en soit, il faut toujours un minimum de performance.

A quelle fourchette de salaire peut-on prétendre en hedge fund ?

C’est variable selon les fonds. Dans mon activité, le salaire fixe se situe entre 100 000 et 200 000 livres ou dollars. On rajoute à ça une sorte de bonus indexé sur les performances des stratégies que tu as développées. Il peut être de l’ordre de 20% à 30% des profits générés par ta stratégie.

Quid des horaires ?

Je commence aux alentours de 7h30, juste avant l’ouverture des marchés à 8h. Je finis ma journée entre 17h30 et 18h. En termes de rythme, lorsque les marchés sont mouvementés, tu n’as pas envie de quitter l’écran des yeux pour prendre un café par exemple. Il faut surveiller ce qui se passe. Mais en théorie, tout est automatisé, tu n’es donc pas obligé de rester toute la journée devant tes écrans.

Quelles sont les grands types de stratégie ?

Je dirai qu’il y a trois types de stratégie.

Des entités, comme des courtiers (brokers) veulent passer des ordres. Ce sont en général des investisseurs peu sophistiqués. Certaines entreprises vont donc proposer d’exécuter ces ordres au meilleur prix possible. Elles vont donc se rémunérer sur ce flux d’ordres. Les ordres de ces investisseurs n’impactent pas le marché, il y a donc une marge (spread) moindre. A l’inverse, le spread sera plus élevé si c’est un acteur comme Citadel qui vient à passer des ordres.

La seconde famille de stratégie consiste cette fois à apporter de la liquidité sur les marchés publics. C’est extrêmement compétitif. L’idée est de participer aux carnets d’ordres et de se rémunérer sur la différence entre le prix d’achat et de vente (spread),

La dernière activité est l’arbitrage. Un produit peut être coté dans différentes places financières. Nous devons être le plus rapide possible pour bénéficier des différences et des variations de prix. L’infrastructure et le matériel utilisé par le fonds donc compte énormément.

Est-il maintenant obligatoire de s’y connaître en Machine Learning ?

Lorsque les gens parlent de Machine Learning, la plupart pense aux réseaux de neurones. C’est quelque chose de très peu applicable au trading à haute fréquence. Le Machine Learning regroupe toutefois plein d’outils différents qui peuvent être utilisés dans notre activité. C’est cependant loin de ce que peuvent faire Google ou Facebook en termes de complexité de projets. On ne va pas faire avancer la recherche dans le domaine.

Qu’aimes-tu dans ton métier ?

J’aime beaucoup le fait que ce soit très quantitatif. C’est stimulant de travailler sur des modélisations ou des programmes complexes. J’aime aussi l’organisation de mon fonds, avec peu de politique.

Aurais-tu un conseil à donner à des étudiants souhaitant devenir Quant ?

C’est très important d’avoir une formation quantitative et de savoir coder. C’est de plus en plus de rare d’avoir des gens qui s’y connaissent uniquement en mathématiques.

Merci à toi pour cette interview !

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