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Debt Capital Markets
DCM

Le DCM ou Debt Capital Markets

21 mars 2020 No Comments

Après l’ECM et l’equity, direction le monde de la dette avec le DCM, ou Debt Capital Markets ! Excellente lecture.

Parcours et présentation du DCM

Bonjour et merci d’avoir accepté l’interview ! Quel est ton parcours ?

Après une école d’ingénieurs, je me suis rendu compte que l’aspect purement technique m’intéressait moins que le côté business. J’ai donc complété mes études par un Mastère Spécialisé en finance dans une des trois Parisiennes. A la sortie de l’école, j’ai eu l’opportunité de commencer en VIE dans un pays européen, en DCM. L’expérience m’a tellement plu que des années plus tard, je suis toujours en DCM à Londres, au poste de Vice President.

Qu’est-ce que le métier en DCM, ou Debt Capital Market ?

C’est tout d’abord un mélange entre finance d’entreprise et finance de marché, même si personnellement, je trouve que c’est plus proche de la finance de marché. Nous aidons les trésoriers des différentes entreprises à lever de la dette sur les marchés financiers.

Les équipes sont réparties souvent en types de clients :

  • Les entreprises classiques, que l’on appelle Corporates. Cette catégorie est en général divisée par pays : France, Allemagne, Italie etc. L’équipe DCM Corporate France va par exemple couvrir des entreprises comme Sanofi, Michelin ou Total,
  • Les clients bancaires, comme Société Générale ou le Crédit Agricole, qui ont besoin de produits plus sophistiqués,
  • Les clients SSA (Sovereign, Supranational and Agencies), qui recoupent les Etats et entités assimilées. Par exemple, si la France émet des obligations sur le marché, les équipes DCM SSA interviennent.

Il existe aussi une équipe DCM High Yield qui s’occupe des émetteurs qui ne sont pas Investment Grade, c’est-à-dire notés en dessous de BBB. On retrouve en général des gens passés par le Leveraged Finance.

Quels produits proposez-vous et quels sont leurs caractéristiques ?

L’obligation senior unsecured

Le produit le plus classique est le bond (obligation) senior unsecured. C’est souvent une dette de 500 millions d’euros. L’obligation paie un coupon, c’est-à-dire que l’entreprise émettrice va payer des intérêts dessus. Les émissions sont très rapides ; elles sont souvent annoncées le matin, à un prix donné (le IPT, ou Initial Price Talk) et l’opération sera bouclée plus tard dans la journée.

Les obligations subordonnées

Nous proposons bien sûr d’autres produits. On peut citer l’obligation subordonnée. En cas de défaut, les détenteurs d’une obligation subordonnée seront remboursés après les détenteurs d’un obligation senior unsecured. Il se peut qu’ils ne récupèrent rien. C’est donc plus risqué et la notation des agences (ou le rating) sera plus faible. Pour rémunérer ce risque, le coupon est plus élevé.

Le type d’obligation subordonnée dépend du type d’émetteurs : corporate, bancaire ou SSA.

Les instruments émis par les corporates

Nous proposons également des obligations Corporate Hybrid. Ce sont des instruments à mi-chemin entre l’equity et la dette classique et émis par des entreprises de type corporate. Les instruments Corporate Hybrid sont plus risquée car subordonnée aux obligations senior, évoquées plus haut. La notation est donc en général 2 crans en-dessous de ces dernières. Ils paient là aussi un coupon plus élevé car plus risqué.

Il faut savoir que même si les obligations Corporate Hybrids n’ont pas de maturité (ou très lointaine), elles sont en général repayées après 5 ans (c’est la période de call, c’est-à-dire lorsqu’on est autorisé à rembourser la dette).

Les instruments liés au secteur bancaire

Après la crise financière de 2008, les régulateurs ont souhaité éviter de nouveau un scénario de sauvetage (bail-out) des banques en utilisant l’argent publique, qui vient in fine du contribuable. Ils ont donc amélioré les types d’obligations.

Elles émettent bien sûr toujours des obligations senior unsecured classique, comme les entreprises traditionnelles.

Ils ont également différents types de dette subordonnées, comme la dette AT1, Tier 2 ou Non-Preferred, dont vous pourrez facilement trouvez les caractéristiques sur internet. Ces différentes dettes permettent de renforcer le capital de la banque.

Les produits pour les entités SSA

Les clients SSA émettent des produits beaucoup moins techniques. Ils vont cependant compenser avec un volume beaucoup plus important.

Peux-tu nous parler du process, de l’origination à la syndication ?

Prenons l’exemple d’une entreprise classique, comme Total. Nous allons d’abord l’informer des conditions actuelles de marché et des conditions d’émissions des autres entreprises. Cela permet à Total d’avoir une idée des taux qu’ils peuvent espérer obtenir (le pricing). Ces informations peuvent être présentées de vive voix lors d’un pitch ou simplement envoyées par email.

Il faut savoir que les grands groupes gardent, grosso modo, les mêmes volumes d’émissions. Ils vont donc en général refinancer la dette existante, c’est-à-dire remplacer une dette qui arrive bientôt à échéance par une nouvelle émission. En regardant la courbe de maturité, on peut savoir quelles obligations vont arriver à échéance. Il est donc assez facile de savoir qui va émettre.

Ils peuvent toutefois émettre plus de dettes, et non juste refinancer l’ancienne dette, si les conditions de marché sont attractives.

Le marché actuel est-il propice aux émissions de dette ?

Les émissions sont en ce moment très faibles. Les investisseurs cherchent du rendement et vont donc plutôt se tourner vers des produits hybrides. De mémoire, on est de l’ordre de 0,5% pour une dette à 5 ans.

Depuis la crise du coronavirus, les obligations émises ont perdu de leur valeur. Les entreprises qui veulent maintenant émettre de la dette vont devoir payer plus cher qu’il y a quelques mois. Le marché est très négatif en ce moment.

Travailler en DCM

Quelles expériences sont valorisées pour un premier stage en Debt Capital Markets ?

Pour un stage, il faut maîtriser Excel et PowerPoint. Idéalement, il faudrait savoir manier Bloomberg. C’est un outil que nous utilisons au quotidien. A part ça, je pense que le métier en Debt Capital Markets est assez ouvert. On pourra recevoir aussi bien des gens ayant fait de l’analyse crédit qu’un stage en Sales Credit ou en agence de notations (Moody’s, Fitch, Standard &Poor’s). Certains candidats peuvent aussi avoir fait des stages en trésorerie.

Si on parle d’un premier emploi, je pense qu’en ce moment, le marché est plutôt favorable à Londres, Paris ou même Francfort. Avant le Brexit, nous pouvions couvrir facilement des clients français en restant à Londres. À la suite du départ du Royaume-Uni de l’Europe, la plupart des banques relocalisent leurs équipes et vont placer à Paris les équipes couvrant les clients français.

Comment préparer au mieux les entretiens ? Quelles sont les notions à connaître ?

Il faut connaître les politiques monétaires en vigueur actuellement, le taux directeur et les dernières annonces des banques centrales. Plus généralement, il faut connaître les tendances actuelles du marché, et pas uniquement celui de la dette.

Renseignez-vous également sur les notations des différentes agences, à savoir Moody’s, Standard&Poor’s et Fitch, et sur les critères de ces différentes notations. J’aime bien par exemple, demander aux candidats ce qu’est une obligation investment grade. Cela permet de savoir tout de suite s’il ou elle a préparé l’entretien.

Si le candidat postule en DCM dans le secteur bancaire, il faut qu’il maîtrise également les caractéristiques des différents produits (AT1, tier 2…) Tout se trouve facilement sur internet.

Il n’y a cependant pas de question de comptabilité comme en M&A.

Je voudrais aussi souligner qu’il est contreproductif de mentir pendant l’entretien. Ne vous inventez pas d’expérience, ne gonflez pas trop votre CV. Si vous ne savez pas, dites-le. Tout ce qui est sur votre CV est vrai et doit être vérifiable. C’est exactement comme une présentation à un client : on doit pouvoir justifier et expliquer tous les points du document.

A quel salaire peut-on s’attendre en junior ?

Je tiens d’abord à dire qu’il faut toujours faire attention aux chiffres donnés sur le site efinancialcareers. Les salaires sont gonflés. Ce n’est pas ce que j’observe autour de moi, que ce soit des collègues, des candidats ou des chasseurs de tête. Il faut donc prendre avec des pincettes les chiffres que l’on peut trouver sur internet.

En junior, on peut dire qu’on se situe entre 45 000 et 55 000 par an selon les banques, en fixe. Pour les bonus, on peut toucher 10 000 environ en première année. En tant qu’Associate, on peut viser entre 75 000 et 85 000 de fixe et entre 100 000 et 120 000 une fois Vice-Président (à partir de 6 ans d’expérience).

Il faut savoir que dans les grandes banques américaines, les salaires augmentent plus vite que dans les banques françaises. Les bonus sont également plus faibles chez ces derniers. Le rythme de travail n’est toutefois pas comparable.

Le Debt Capital Markets au quotidien

A quoi ressemble une journée en Debt Capital Markets ?

Une journée chargée pour un junior commencera vers 7h15 – 7h30 et finira vers 19h, avec des pics à 22h voire 23h. Une journée considérée comme calme commencera vers 8h30 et se finira à 18h alors qu’une journée normale débutera vers 8h et finira vers 19h.

En moyenne, nous travaillons moins qu’en M&A ou en Private Equity. Comme dans la plupart des métiers, plus tu deviens senior et plus les journées s’allègent. Les horaires dépendent toutefois énormément de tes supérieurs, au même titre que l’ambiance et la possibilité, ou non, de prendre des vacances.

Une fois passé Vice-Président, nous ne restons pas toujours au bureau. Je trouve que c’est un avantage de ne pas rester derrière son écran et de voyager pour rencontrer des clients. Même s’il est important pour un junior de maîtriser tout l’aspect technique, comme Excel ou Bloomberg par exemple, le métier de banquier reste un métier relationnel. C’est en rencontrant des clients que l’on ramène des deals.

A quoi ressemble le quotidien d’un analyste, d’un Associate et d’un Vice-Président ?

En tant qu’analyste, tu t’occuperas des bases de données sur Excel, les league tables (classements de banques selon différents critères), des slides sur les pricing, des rédactions des newsletter hebdomadaires, de rédiger les présentations aux clients … Cela permet de bien comprendre le métier et de maîtriser les différents aspects. Avec un peu d’expérience, tu peux devenir autonome. Par exemple, je mettais à jour tout seul des présentations après une année.

Une fois au rang d’Associate (après 3 ans d’expérience), tu pourras être amené à parler de certains points devant le client, avec ton supérieur à tes côtés. Plus tu prends de l’expérience et de l’assurance et plus tu auras de marge de manœuvre devant les clients. Tu n’auras toutefois pas de clients attitrés.

Une fois Vice-Président, tu as tendance à pousser pour avoir tes propres clients. Ton chef va donc te donner les clients … qui l’intéressent le moins ! (Rire) Mais c’est tout à fait normal puisqu’ils ne veulent pas prendre de risques en te confiant directement des clients importants. Il y a ensuite plusieurs scénarios possibles : soit tu grappilles des clients à gauche à droite au fur et à mesure des mois ou des années, soit ton supérieur n’a plus le temps de s’occuper de tous ses clients et va t’en donner de plus en plus, soit tu pars ailleurs pour avoir une meilleure exposition. Dans tous les cas, il ne faut pas hésiter à demander à être un peu plus exposé au moment opportun, comme par exemple pendant les entretiens annuels.

L’après Debt Capital Markets

Quels sont les débouchés ?

En dehors de l’évolution en interne décrite plus haut, on peut passer côté client, en trésorerie. On peut également passer en fonds de dette ou d’obligation même si c’est assez compliqué. Tu peux également devenir Sales, même si je trouve que c’est moins intéressant. Dernière possibilité, changer d’équipe pour un autre métier en interne.

Qu’est-ce que tu aimes dans ce métier ?

A mon niveau, j’aime les relations avec les clients. C’est vraiment le cœur du métier. Je trouve toutefois que le métier n’a pas trop évolué depuis des années et ne s’est pas adapté aux dernières technologies.

On passe beaucoup de temps à compiler des données sur Excel, à les mettre en forme sur PowerPoint pour des présentations qui sont ensuite imprimées, il n’y a pas de télétravail … Ce n’est pas vraiment moderne. Quand je compare mon travail à celui d’amis dans d’autres entreprises, particulièrement dans les entreprises technologiques, c’est assez has-been. Certaines banques commencent toutefois à envoyer les banquiers présenter avec des iPads. C’est un début.

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